Zazie dans le métro, Raymond Queneau

Publié le par Guenièvre

« 

-          Zazie, déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t’y conduirai.

-          Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m’intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.

-          Qu’est-ce qui t’intéresse alors ?

Zazie ne répond pas.

-          Oui, dis Charles avec une gentillesse inatendue, qu’est-ce qui t’intéresse ?

-          Le métro.

 »

 

 

Zazie-dans-le-metro.jpg      Mon avis : Voici une lecture dont je n’attendais rien… Strictement rien !


Je savais le style de Queneau, très travaillé, spécial, avec des calembours à répétition, des marques de discours oral, etc. Qu’attendre d’autre de la part de l’auteur de L’Exercice de style ?

 

Donc me voilà embarquée dans Paris, aux côtés de Zazie, petite fille très spéciale et de son oncle Gabriel, au métier et tendances sexuelles assez mystérieux… Ces personnages, s’ils m’ont interpellée, m’ont aussi paru étranges. Zazie est une gamine mal élevée, qui parsème ses phrases d’exclamations vulgaires (sa préférée étant « Mon cul ! »). Insupportable, elle ne tient pas en place, adore faire les quatre cents coups en attirant des ennuis aux adultes. Pourtant, malgré tout son cynisme et ses grands airs de gamine « déjà formée », elle est d’une fraîcheur, d’une naïveté surprenantes et touchantes. Elle essaie de paraître adulte tout en tirant profit de son âge et des égards qui lui sont accordés. (Demandez donc au satyre, ce pédophile qui lui a offert à déjeuner et lui a même acheté une paire de « bloudjinnzes »).


Gabriel, lui, est intéressant. Tellement pompeux qu’il en devient comique, on sait très peu de choses sur lui… Même son sexe reste ambigu, comme le montre ce passage, à la fin du chapitre 1 :

« -Gabriel, Gabriel.

-Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?

-Tu as oublié ton rouge à lèvres. »


Les personnages secondaires sont eux aussi déconcertants. J’ai trouvé particulièrement bizarres Laverdure (qui, contrairement à ce que son nom peut laisser penser, est un perroquet parlant qui sait uniquement articuler « Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire »), la veuve Mouaque (une vieille folle qui a « des rentes »), et bien sûr Trouscaillon, tour à tour satyre, marchand forain, séducteur, flicard, et maître du monde. Les autres sont un peu plus conventionnels, dans la mesure où des personnages de Queneau peuvent être conventionnels.


Je pense que Zazie dans le métro est un œuvre qui peut être très intéressante, à condition de l’étudier attentivement, en long, en large et en travers. Elle est parsemée de références plus ou moins obscures, et au détour d’une page on se dit « tient, voilà une phrase qui me rappelle quelque chose… » Le plus agaçant étant que je ne réussis pas souvent à dire d’où est extrait tel ou tel passage, on est sûr de l’avoir déjà lu sans pouvoir dire où avec certitude, c’est très frustrant, comme avoir un mot sur le bout de la langue…D'un autre côté, c'est très intéressant, et je vais me faire un plaisir de décortiquer toutes ces réécritures.


En bref, une lecture qui ne me laissera pas un souvenir impérissable, même si deux trois trucs resteront dans ma mémoire, comme le fameux « Doukipudonktant », ou encore le parfum pour homme « Barbouze de chez Fior » (je me demande quelle odeur il pourrait bien avoir…).

 



Un dernier mot, enfin: certains placent Zazie dans la catégorie jeunesse. A titre personnel, je suis convaincue que c'est une erreur, même si l'auteur a voulu réaliser un livre simple, abordable... Il n'y a en effet pas beaucoup d'intérêt pour un enfant à voir la petite fille découvrir Paris; puisqu'il n'y a pas vraiment d'histoire et que le personnage n'est pas réaliste... L'intérêt du roman est ailleurs!

Publié dans Classiques

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Lulubel 20/10/2012 11:39


Je dois le lire pour cette année de Terminale. J'avoue être assez sceptique sur ce livre, il ne me laissera pas un très bon souvenir ^^

Guenièvre 23/10/2012 23:38



Je l'ai lu dans le même contexte, et si je ne devais pas l'étudier en détail, je n'en garderai probablement aucun souvenir!