Le Banquet, Platon

Publié le par Guenièvre

Le BanquetLe Banquet est un texte de Platon écrit aux environs de 380 avant J.-C. Il est constitué principalement d’une longue série de discours portant sur la nature et les qualités de l’amour (eros). Tò sumpósion en grec est traduit traditionnellement par le Banquet ; ce terme désigne ce que l'on appelle aujourd'hui une « réception », une fête mondaine dans laquelle on boit généralement plus qu'on ne mange.

Mon avis : Après m’être débattue pendant des semaines contre ce fichu bouquin de Freud, la Métapsychologie, (mon article assassin ici) j’ai été soulagée de commencer un écrit de Platon. Ceux que j’avais lu jusqu’ici m’avaient en effet paru extrêmement simples à suivre, même si les réflexions étaient profondes (d’ailleurs, je ne m’en apercevais pas a priori).

Effectivement, Le Banquet m’a apporté un répit bienvenu. Les discours, à une exception près, sont distrayants et accessibles. L’exception, je précise, était Eryximaque (le seul médecin de l’assistance, comme par hasard). Lui m’a complètement larguée, quand il a commencé à parler des deux types d’Éros du corps qui entrainaient les maladies… Sans compter qu’il s’est débrouillé pour contredire à la fois notre maxime « qui se ressemble s’assemble », et la vision grecque habituelle, si j’ai bien compris la note de Monsieur Luc Brisson. Ici, apparemment, plus on est différent, plus on se rapproche. J’avoue que je n’ai pas cherché à comprendre plus que ça, ayant déjà épuisé toute mon énergie intellectuelle sur Freud. J’ai relu une ou deux phrases, avec un succès modeste, puis je suis passée au discours d’Aristophane que j’avais hâte de lire.

Ce dernier est en effet le principal dramaturge comique connu de la Grèce antique. J’étais donc très curieuse de le découvrir, même indirectement à l’occasion du récit d’un banquet, rapporté par une connaissance plus ou moins vague d’un des assistants… Et lui ne m’a pas déçue ! La reconstitution qu’il fait des origines de l’humanité est vraiment géniale ; il fallait y penser. Figurez-vous qu’au départ, les êtres humains étaient des boules, avec 8 bras et jambes, 2 têtes, 4 oreilles… Enfin, vous voyez le topo. Il existait trois genres : le féminin, le masculin, et l’androgyne. Mais comme les hommes devenaient trop arrogants, Zeus décida de les couper en deux (radical, non ? C’était la solution la plus pratique pour lui : deux fois plus d’adorateurs, qui en plus auront appris à bien se tenir…), cela a donné à l’espèce la configuration que nous lui connaissons. En passant, Aristophane nous explique le pourquoi du comment de l’hétérosexualité et l’homosexualité.

Car oui, c’est un point qui m’a un peu surprise : grosso modo, aux yeux de la plupart de ces messieurs, le seul Éros valable est celui qui pousse à l’homosexualité (exclusivement masculine, bien sûr). J’avais entendu parler de la misogynie des Athéniens du cinquième siècle avant JC, je savais qu’ils avaient un penchant pour l’homosexualité… Mais de là nous dire que c’est la seule forme d’amour valable… Je suis étonnée.

Enfin bref, j’en viens au discours de Socrate, qui est, commodément, le dernier à passer. Lui n’hésite pas à rompre totalement avec ses prédécesseurs, avec son ironie habituelle. Il commence par réfuter ceux qui l’ont précédé, avant de refuser de faire un véritable discours ; il en est en effet totalement incapable étant bien moins intelligent que ses compagnons. Il retransmet donc un dialogue qu’il a eu avec une personne savante dans les choses d’Éros : Diotime, une femme, et étrangère qui plus est. Son éloge s’oppose ainsi aux précédents, non seulement dans son contenu, mais dans son auteur aussi (et ici, si je n’étais pas contre la féminisation excessive des noms communs, j’ajouterais un –e pour souligner mon propos). Je l’ai trouvé bien plus intelligent que les autres discours, et j’ai beaucoup appris.

Mais les réflexions philosophiques sont interrompues par une scène comique : place au divertissement. Alcibiade, amant jaloux de Socrate, débarque au banquet passablement ivre… Et c’est dans une véritable scène de ménage qu’il se lance… Le pauvre, s’il n’était pas aussi invasif, j’aurai pitié de lui.

En bref, voilà le genre de lectures que j’aimerai trouver plus souvent : discours philosophiques sont ici mêlés à des anecdotes/scènes plutôt amusantes. Je suis très satisfaite de ma lecture, et je conseille ce livre à tous les curieux ; je pense qu’il est particulièrement clair et abordable.

Publié dans Philosophie

Commenter cet article