Electrosensibles - Tome 1, Jérôme Duez

Publié le par Guenièvre

 

Je souhaite vivement remercier Jérôme Duez de la confiance qu'il m'a accordée sur la seule base de mes articles. Grâce à lui, j'ai pu découvrir avec grand plaisir un roman assez différent de ce que j'ai l'habitude de lire.

 

 

Electrosensibles

J'ai accepté ce partenariat après avoir lu les premières pages du roman dont voici le début.

"Charles fut réveillé par les cris. Il ouvrit les yeux, il était plongé dans le noir. Toutes les lampes étaient éteintes, y compris les veilleuses aux symboles rappelant l’interdiction de fumer et l’obligation de boucler sa ceinture. Il ne voyait rien par le hublot, alors qu’il aurait dû faire jour. Ce n’était pas non plus la nuit. Au cas contraire, il aurait pu voir les nuages sous la clarté stellaire. Mais là, c’était uniformément noir. Il se redressa et chercha à tâtons les sangles de sa ceinture de sécurité.

Partout, les passagers affolés criaient en français, en japonais et en d’autres langues. Mais surtout, Charles était frappé par le fond sonore insolite: il manquait le bruit rassurant et berçant des réacteurs, remplacé par celui, angoissant, du vent qui martelait le fuselage comme un forcené.

– On va s’écraser! hurla une Française dans l’habitacle du dessous.

–On va tous mourir! renchérit un voisin.

L’idée qu’il était  déjà  mort l’effleura. Peut‐être, le noir du dehors était‐il la couleur du purgatoire...? Le noir comme un ultime suspens, avant que ne s’éclairent les couleurs de l’enfer ou du paradis, selon...? Non, pensa-t-il, je ne suis pas mort, pas encore."

 

A mon sens, la quatrième de couverture en révèle trop sur le livre, et supprime l’effet de surprise de ces premières pages. Je préfère donc décrire cette ambiance très impressionnante, qui nous plonge brutalement au coeur d'un évènement paranormal, intriguant, inquiétant.

Je suis heureuse de m’être laissé tenter, parce que j’ai passé un bon moment avec ce livre, qui a retenu toute mon attention (et m’a fait rater ma station de métro, chose assez rare pour être mentionnée). Les personnages sont attendrissants, sympathiques. Ils sont confrontés à des épisodes très difficiles, et le lecteur prie pour qu’ils réussissent à les surmonter. J’ai particulièrement apprécié la famille Portal, un couple très soudé, impressionnant d’amour, de complicité et de force, et leur enfant, un petit garçon adorable (et héros de l’histoire). J’ai eu plus de mal avec l’autre protagoniste, Laurie, qui a toutes les apparences d’une petite peste (même si compte tenu de son expérience, c’est compréhensible, et nous la fait prendre en pitié).

Leur vision du monde est très originale et tout à fait rafraichissante. Ils nous donnent une manière de considérer l’électronique très abrupte, remettant profondément en cause les évolutions que nous avons constatées ces dernières années… Parfois de façon très péremptoire, un peu convenue, mais non dénuée de bon sens. La plume de l’auteur suffit à compléter tout ceci et à faire un récit mystérieux qui nous tient en haleine, dont on veut savoir où il se dirigera… Et comment il prendra la direction que l’on sent poindre et se rapprocher tout au long du roman.

Pourtant, j’ai quelques petits reproches à faire. En effet, si l’univers suscite des questions nombreuses et intrigantes, je pense qu’il manque au roman un fil conducteur précis. Il y a peu d’action, de péripéties. Le livre est plutôt centré sur un apprentissage, une découverte du monde, il présente une certaine conception de l’éducation. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cela a suffi à capter mon attention. Mais du coup, la fin de l’histoire m’a paru très abrupte ; j’ai eu le sentiment qu’elle était peu préparée, et je pensais pouvoir me régaler d’une cinquantaine de pages encore, avant de trouver le mot « fin ». J’espérais voir poindre une direction générale, un enjeu qui aiguillonnerait le suspense, peut-être une parcelle de réponse, une nouvelle pièce du puzzle. Mais non, je suis restée frustrée, avec une envie dévorante de lire le second tome.

 

En bref : une bonne lecture ! Ce livre aborde un sujet intéressant, sous un angle intéressant, avec des personnages qu’on prend immédiatement en affection. L’écriture est fluide, précise, avec d’excellents passages – notamment les réflexions de Charles Portal sur la littérature, dont voici quelques citations, que je trouve assez représentatives du reste du livre.

 

Charles Portal est un célèbre producteur de cinéma, connu pour savoir dénicher des talents et produire des films de qualité, dits « intéressants ».

« [en faisant du cinéma] il avait perdu l’objectif essentiel de l’art, qui tenait de l’enrichissement spirituel. A travers ses lectures, il touchait à des sujets profonds, à de nouvelles approches de l’histoire, de la société et de la nature humaine, sous la puissance de ton et la liberté d’esprit des grands auteurs. Rien n’atteignait l’intensité de cette aventure-là. »

« Alors, d’où lui venait la paresse intellectuelle face à l’art ? Il en imputait la cause à l’esprit de son temps. Le succès économique des œuvres culturelles était devenu leur principal indice de qualité. Or, les œuvres les plus commerciales tablaient sur la facilité et la paresse. Au cinéma, c’était flagrant : un film qui en mettait plein les yeux était plus attractif qu’une œuvre qui élevait l’esprit. […] La remise en question était violente mais prometteuse. La littérature le renvoyait à sa paresse intellectuelle tout en lui montrant la voie d’un nouvel essor. »

« A l’époque, arrogant, il défendait l’idée que l’on pouvait voler haut à partir de n’importe quelle matière. Autrement dit, un homme réfléchissant sur un essai de Nietzsche ou sur un film de Kubrick déployait les mêmes facultés intellectuelles, pour s’élever au même niveau. Dès que l’on possédait la faculté d’analyser, on pouvait faire feu de tout bois.

A présent, son opinion avait changé. Il considérait qu’il avait eu tort et que la qualité de la réflexion dépendait de la qualité de son motif. »

« Charles n’en était pas arrivé au point de considérer le cinéma comme un grand vide. Mais sa consommation à très forte dose de cinéma ne l’avait pas rempli. Ce qu’il avait reçu avait eu peu souvent de rapport avec la réception d’une œuvre d’art, cela avait été plus proche de la distraction pure, loin du sentiment d’élévation. »

Publié dans Fantastique

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le livre-vie 06/04/2014 08:52


Il a l'air très intéressant, même si je déteste quand l'effet de surprise est gâché parcer que la quatrième de couverture en dit trop...

Guenièvre 07/04/2014 14:44



En l'occurence, je suis apparemment la seule que ça a dérangé, mais si tu ne vas pas voir dans le détail le site de l'auteur ou la page bibliomania du livre, tu devrais réussir à garder une part
de suprise.


Encore une fois, c'est tout à fait minime, le "mystère" de la 4e de couverture est dévoilé dans les trente premières pages.


Pour le reste il vaut le coup d'être lu, c'est une bonne découverte, qui change de l'ordinaire, je trouve.