Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère... et retrouvé l'amour, S.G. Browne

Publié le par Guenièvre

Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère... et retrouvé l                Synopsis : Il n’est jamais agréable de se réveiller sur le sol de la cuisine, baignant dans une mare de glace à la fraise fondue et entouré de plusieurs bouteilles de vin… vides, évidemment. Le trou noir dans mes souvenirs n’est pas, non plus, quelque chose de très réjouissant. Qu’ai-je bien pu faire pour en arriver là ? Et pourquoi ai-je vidé le congélateur de son contenu ? Le mieux est encore d’aller voir par moi-même…

Après vérification, c’est finalement assez logique : pour y ranger les corps de mes parents. Bien… Il va falloir que je me remémore deux ou trois choses, mais par où commencer ? Peut-être par la façon dont je suis devenu un zombie ?

Avec ce roman drôle et provoquant, S. G. Browne revisite de manière originale l’un des mythes modernes les plus forts en nous présentant le point de vue d’un zombie. Non sans y ajouter beaucoup d’humour et… un zeste d’amour. Rire et horreur assurés !

 

« Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour »

Voilà un titre inspirateur. Intriguant, drôle, désespérant… On ne sait pas très bien à quelle sauce on va être mangé. Il pique d’entrée de jeu la curiosité du lecteur. La quatrième de couverture est tout à fait représentative du contenu du livre. « Rire et horreur assurés ! » Effectivement.

Andy est un jeune zombie qui découvre sa nouvelle condition, vraiment peu réjouissante. Dans son monde, les mort-vivants sont considérés comme des objets. Ils ont moins de droits que les animaux ou même que les cadavres. Ses perpétuels gémissements sur sa condition, sa déprime continue m’ont un peu lassée, au début du roman.

Puis passé la période d’adaptation, Andy s’emploie à améliorer son sort, à grand renfort de manifestations, pancartes et pétitions. Malheureusement celles-ci ne rencontrent d’adhésion qu’auprès des autres zombies.

Néanmoins, cela donne lieu à des réflexions que j’ai trouvées très pertinentes. Le parallèle avec la situation des Noirs aux Etats Unis avant 1964 est tout à fait transparent. Les mort-vivants sont considérés comme des pestiférés, ils n’ont aucun droit, on ne leur reconnaît pas même d’intelligence. Leur statut peut aussi être rapproché de celui des animaux utilisés, tout comme les zombies, dans les laboratoires de recherche. Il y a donc une réflexion réelle sur les a priori qui nous conduisent à considérer certaines choses comme acquises – le statut d’humain ou de monstre, par exemple.

Tout ce contenu intelligent est servi par une plume très fluide, très agréable. Lorsque l’humour noir ne vire pas au morbide, ce qui arrive plus souvent que je ne l’aurais souhaité, il permet de prendre la situation avec dérision. Non, la vie des zombies n’est pas toujours facile.

Mais il existe un moyen de l’améliorer radicalement : la consommation de chair humaine. Steak de respirant, doigts fris, feuilletés au hachis d’abdos… Tout est bon pour assaisonner ce mets succulent qui permet aux zombies de retrouver la forme et le moral. Ce qui est vraiment fascinant, c’est le détachement avec lequel le cannibalisme est envisagé. Andy déguste son père et sa mère cuisinés sur un lit de pomme de terre et petits légumes, et tout ce qui lui vient à l’esprit, c’est que sa chère maman a très bon goût !

Ceci crée un décalage qui nous fait embarquer pour une autre dimension, où les zombies forment une espèce à part. Ils n’envisagent pas les conséquences de leurs actes comme une personne normale le ferait. Et pour cause : rien de ce qui nous importe n’a de signification pour eux. Lorsque vous avez des chances de finir votre vie disséqué par des chercheurs, la consommation raffinée de vos parents prend une dimension relative.

L’ironie est succulente, et on attend avec impatience de savoir comment Andy le zombie va continuer sa nouvelle vie.

 

En bref, j’ai fait une très bonne découverte ! C’est un livre intelligent, bien tourné, avec un personnage principal attachant, malgré ses quelques jérémiades. Les problématiques abordées sont subtiles, et la plume de l’auteur, assaisonnée d’un humour noir piquant, rend le tout très agréable à lire.

Un grand merci aux éditions Folio et à Livraddict de m’avoir accordé leur confiance pour ce partenariat.

Publié dans Fantastique

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